Le 14 novembre 2016, peu après minuit, un séisme de magnitude 7,8 a frappé Kaikoura, sur la côte est de l’île du Sud. Autour de la ville, le fond marin s’est soulevé jusqu’à deux mètres environ, laissant à sec des platiers couverts d’algues que la mer recouvrait encore la veille. La route côtière, ensevelie sous les éboulements, n’a rouvert qu’en décembre 2017, au terme de travaux chiffrés à environ 1,1 milliard de dollars néo-zélandais.
Ce tronçon de la State Highway 1, coincé entre la montagne et le Pacifique, résume ce que la Nouvelle-Zélande réserve à qui la traverse à moto en gardant un œil sur l’océan, à un renoncement près : un sac de plongée ne tient pas dans des valises latérales. On loue donc sur place, on glisse son masque dans la poche du blouson, et l’on découvre vite que les plus belles rencontres de ces côtes se font souvent en surface.
Kaikoura, là où les grands fonds touchent presque la côte
Le nom maori de Kaikoura signifie « repas de langouste », et les roulottes qui vendent des langoustes cuites au bord de la route le justifient encore. L’originalité du lieu se trouve pourtant sous la surface. Au sud de la péninsule, les grands fonds commencent à un kilomètre à peine du rivage, et le canyon de Kaikoura plonge jusqu’à près de 2 000 mètres. Cette profondeur si proche de la terre amène les cachalots presque devant la ville, et des sorties en bateau permettent de les observer.
Le reste de la faune se rencontre plus près du bord. Les dauphins sombres se déplacent en groupes nombreux, et des sorties sont proposées pour nager parmi eux, en combinaison épaisse : l’eau reste froide au printemps austral. Les otaries à fourrure occupent les rochers de la péninsule, à deux pas du centre ; plus au nord, la colonie d’Ohau Point s’observe depuis une aire d’arrêt au bord de la route. Ces sorties dépendent de la houle : réservez la première possible après votre arrivée, pour garder une chance de report.
Peut-on plonger le matin et franchir un col l’après-midi ?
La question se pose concrètement à Kaikoura : pour rejoindre la côte Ouest, il faut franchir les Alpes du Sud par Lewis Pass ou par Arthur’s Pass. Le mécanisme est celui que les plongeurs connaissent pour l’avion. Quand la pression ambiante baisse, l’azote accumulé pendant la plongée peut former des bulles s’il n’a pas eu le temps de s’éliminer. Avant un vol, le Divers Alert Network (DAN) recommande d’attendre au moins douze heures après une plongée unique sans palier, dix-huit après plusieurs plongées dans la journée ou sur plusieurs jours, et davantage après des plongées avec paliers obligatoires.
Ces cols restent sous les mille mètres, bien plus bas que l’altitude équivalente d’une cabine d’avion, mais l’écart de pression avec le niveau de la mer n’est pas nul, et le froid comme l’effort au guidon n’arrangent rien. La prudence consiste à appliquer à la route de montagne le même raisonnement qu’à l’avion, et à indiquer au centre de plongée l’itinéraire du lendemain avant de signer. Plus simple encore : réserver la bouteille aux jours sans col et le tuba aux autres. Nager en surface ne pose pas ce problème, et c’est ainsi que se vivent la plupart des rencontres avec les dauphins et les otaries.
Abel Tasman se découvre depuis l’eau, la moto attendra
Avec 237 kilomètres carrés, le parc national Abel Tasman est le plus petit du pays. Il a été créé en 1942, pour le tricentenaire du passage du navigateur hollandais. Son sentier côtier de 60 kilomètres demande trois à cinq jours de marche, ce dont un voyageur à moto dispose rarement. Mieux vaut laisser la machine à Kaiteriteri ou à Marahau et prendre la mer : bateaux-taxis qui déposent les marcheurs d’une plage à l’autre, kayaks loués à la journée.
La réserve marine de Tonga Island borde une partie du parc, et masque et tuba suffisent pour profiter d’une eau souvent limpide, si l’on supporte la fraîcheur. Le road trip moto Nouvelle-Zélande que West Forever propose en Harley-Davidson fait d’ailleurs à Kaiteriteri sa première étape sur l’île du Sud, après la traversée du détroit de Cook.
Plus au sud, sur la côte Ouest, la mer de Tasman se contemple plutôt du haut des falaises. À Punakaiki, les Pancake Rocks, des calcaires feuilletés comme des piles de crêpes, crachent des gerbes d’eau par leurs évents quand une forte houle coïncide avec la marée haute. Le sentier est court et se parcourt sans peine en bottes de moto.
Akaroa, une rade volcanique pour la dernière étape
À 84 kilomètres de Christchurch, au bout de la route 75, Akaroa se mérite : la route grimpe sur la crête de la péninsule de Banks avant de descendre en lacets vers une rade qui occupe le cœur d’un ancien volcan envahi par la mer. Des colons français y ont débarqué en 1840 du Comte de Paris, et le village garde des noms de rues, rue Lavaud ou rue Balguerie, qui étonnent à l’autre bout du monde.
La rade abrite surtout des dauphins d’Hector, parmi les plus petits au monde et propres à la Nouvelle-Zélande. Des bateaux partent du quai pour les observer ou nager près d’eux. Pour qui voyage à moto, l’étape a un dernier intérêt : Christchurch, souvent la ville du vol retour, n’est qu’à une heure et demie de route environ.
La règle des douze et dix-huit heures revient alors, avec un vrai vol au bout. Pour une dernière plongée en bouteille, partez de l’heure du décollage et comptez à rebours ; les dauphins d’Akaroa, eux, se rejoignent très bien au tuba la veille du départ.
